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06/09/2010 6:33 pm
Divagation
Pour certains, l’individu lambda, citoyen fonctionnel, travailleur, discipliné, ne contestant pas l’ordre des choses et l’autorité, à l’aise dans le fonctionnement de la société, relativement épanoui, légèrement heureux, plus ou moins satisfait de son sort, ne connaissant que très peu de chose en dehors de sa vie concrète, bref, l’individu modèle, normal et sans grand problème, n’a pas besoin d’énormément de talent et de très grandes qualités pour pouvoir s’insérer et s’adapter à la société. Il reproduit ce qui lui a été enseigné par la bonne éducation, l’instruction et la culture. Pour réussir cette prouesse d’adaptation, il lui faut l’intelligence; juste assez, mais pas trop. Un savant dosage. Il ne faut pas qu’il se remette trop souvent en question. S’il le fait et quitte son ancienne existence pour repartir différemment, comme le fait le personnage principal du Pressentiment, sa famille et ses proches vont s’inquiéter et remettre en cause sa santé mentale. Entendu que eux sont normaux et que ce qui s’en écarte trop est pathologique. Ce qui caractérise l’homme normal est le fait que ce qu’il ne conçoit pas, n’a, à tout de fin pratique, pas d’existence et souvent pas de valeurs : la vie des marginaux. Avec ces marginaux, on est toujours surpris quand on entre dans le monde des écorchés vifs, de ceux que l’on nomme les personnages originaux. Mais il faut faire attention et ne pas tomber dans le pire des pièges. Oui, la marginalité ne se caractérise pas vraiment par une adaptation sociale, mais il ne faut pas dire comme dirait certains psychiatres obtus : «Les marginaux sont comme les sangsus, il profite et s’aglutine en périphérie des citoyens fonctionnels-travailleurs-créateurs de richesses.» C’est certainement pas la bonne réponse à donner à un patient qui s’interroge sur sa fonction. Désolé docteur, mais vous errez royalement. Ce que l’on ne conçoit pas, comment pourrait-on le comprendre. Toujours selon ces bons docteurs, les gens ordinaires et parfaitement adaptés seraient dans les barèmes de l’intelligence moyenne. Comment fait-on pour le savoir? Aucune idée. Mais disons que cela a du sens, jusqu’à présent; la suite pourra peut-être nous renseigner.

Concernant la petite différence entre les hommes et les femmes, nous avons eu une réponse après plusieurs années de recherches transdisciplinaires. Elle vaut ce qu’elle vaut.  Il semblerait que l’intelligence féminine serait plus concentrée autour de la moyenne. Ce qui veut dire moins de tarées, de sociopathes, de psychopathes, de violentes, etc. Mais il y a quand même quelques femmes qui possèdent des traits psychopathiques. Seulement, elles vont s’attaquer à leur voisine, les pousser et détruire leur boîte aux lettres, et d’autres petites choses du genre. Mais elles ne découperont pas leurs victimes. Beaucoup moins folles que les hommes, quoique pour un thérapeute il y a quand même une grande surprise à constater que la petite crise d’hystérie (utérus) est assez fréquente. À l’opposé, ce qui se paye en retour pour cette plus grande normalité de la femme, si on reprend l’idée de l’individu lambda, de meilleures capacités d’adaptation pour vivre en société et être productif, il ne semble pas que l’on retrouve fréquemment d’intelligence hors du commun chez la femme (qui est peut-être relié à la testostérone), qui parfois peut être à la frontière du délire ou d’une maladie mentale; parce que, comme on dit, on peut devenir fou si le cerveau s’emballe trop souvent et trop longtemps; ce qui doit causer une forme de surcharge.
 
Si on prend le cas d’Antonin Artaud, il faut dire que si on lit toute son œuvre publiée, on se rend compte qu’il possédait à la fois la lucidité, une grande capacité d’analyse, mais d’une façon qui lui était tout à fait personnelle, un pouvoir de création, c’est-à-dire une originalité certaine, mais aussi de la dysfonction sociale, parce que rien de notre monde à nous, les normopathes, ne faisait sens pour lui. Si on prend le cas de Pascal, une vie sociale brillante au début, mais par la suite une grande incapacité à vivre, parce qu’il souffrait d’éternelle insatisfaction; ayant tout réussi ce qu’il a entrepris, ayant fait le tour du jardin, il ne semble plus être capable de donner un sens à sa vie, autre que métaphysique. Le christianisme-jansénisme semble lui avoir joué un vilain tour : vouloir réconcilier l’irréconciliable. Dans un premier temps, il aurait peut-être trop mis d’espoir en la raison, pour finir par se retourner contre elle, nier son passé, son existence, et se retrouver dans la pire des impasses. Tout ce cheminement des plus exemplaires se termine par une incapacité à vivre, qui diffère de l’homme ordinaire, qui, lui, à de multiples raisons de se lever le matin. Pour Pascal, quelles raisons de vivre pouvait-il avoir, puisqu’il avait réalisé tout ce dont il était capable, et de manière talentueuse et magistrale.

Pour tenter de mieux comprendre Pascal, il faut parler d’Orson Welles. Allons droit au but et laissons tomber les détails qui m’échappe. 25 ans, premier film. Dangereusement en liste pour être le plus grand film de l’histoire du cinéma. Bien sûr, il y a eu Chaplin. Et surtout son plus proche concurrent : le cinéaste Russe. Personnellement, je préfère le Cuirassé. Mais ce qui se produit avec Kane, c’est que le cinéma se retrouve dans une impasse. Les trouvailles de ce film vont être exploitées pour une dizaine d’années. Par la suite Welles fait les Ambersons, La dame de Shanghai, Le Procès et la pièce du dramaturge Anglais. D’excellents films, mais comme le premier de grands échecs commerciaux. Pas de public pour ce genre de cinéma. Probablement d’autres projets, mais les choses se gâtent pour le réalisateur. Il se retrouvera à jouer un rôle farfelu de narrateur dans la farce de Nostradamus. Je ne connais pas les détails, mais on parle parfois de véritable déchéance. Pour certains, Welles était un personnage, un créateur, hors mesure. Quelque chose de parfaitement géniale, mais qui ne pouvait pas s’adapter. Pour certaines personnes la vie est trop grande pour elles. Pour Welles, la vie semblait trop petite pour lui, pour sa démesure.

On voit ainsi que l’exemple de Welles et Pascal s’éclaire l’un, l’autre. Mais peut-on en tirer une conclusion? Je crois que oui. Il semblerait que nous sommes voués à jouer plusieurs rôles dans l’immanence, mais d’un personnage toujours le même et secondaire : amant, mari, père, travailleur et citoyen, et l’équivalent féminin. Il vaut mieux les jouer toutes pour s’ancrer dans la réalité et le concret. S’il manque un rôle, il se peut que notre existence ait moins de sens. Par exemple, ne pas jouer le rôle de travailleur trop longtemps peut emporter tout le reste de l’existence. Pour ce qui en est des créateurs qui se situent dans la transcendance, dans la création, ils désirent jouer le personnage principal. Et à trop jouer le rôle de créateur, ils peuvent se retrouver sans rôle concret de père ou de travailleur, et ce n’est pas donné à tous de pouvoir supporter cette situation. Pascal, Welles et les autres, trop occupés par la transcendance, ne voit aucun intérêt à assumer les rôles pour lequel l’homme normal est fait. On ne peut pas dire qu’ils ont échoué leur vie, mais ils ont connu de très grandes difficultés que bien des gens moins doués ne rencontrent jamais ou presque. Ce qui nous amène à la question des caractéristiques de la surdouance.

Que peut-on dire des êtres que l’on dit surdoués?

Pour les chercheurs en question, d’après leur étude qui semble assez fouillée, il y aurait 3 caractéristiques et une résultante. Je n’ai pas lu l’ouvrage, mais je vais extrapoler et utiliser les observations que j’ai fait. Je connais assez bien 3 prototypes qui répondent à la définition de surdoué. Quelqu’un qui a fait un commentaire sur le texte Les vrais choses, prétend que sur les 200 textes écrits et disponibles, il n’y a jamais rien eu qui se rapproche de la science ou d’une démarche scientifique. Ce qui est un peu insultant. Je dois le répéter en science sociale on peut utiliser plusieurs méthodes et outils : le questionnaire, l’entrevue enregistrée, les témoignages, la collecte des données statistiques, l’expérience en clinique ou même la socioanalyse (analyser son cheminement et son expérience vécue), etc. Je ne peux pas toujours citer et préciser. Et quand c’est le cas, je me permets d’inventer et de spéculer. Il n’en demeure pas moins qu’il y a du matériel vérifiable et sérieux un peu éparpillé dans ces textes. À vous de juger : vous en prenez et vous en laissez. Mais si vous pensez que mes propos sont de l’ordre de l’opinion subjective, alors on est bien mal parti.

La première caractéristique de la surdouance, et de loin la plus fondamentale, est la curiosité. Ce qui peut être un peu décevant. On s’attend à quelque chose d’exceptionnelle, mais il faut bien saisir de quoi il en retourne. Certaines personnes, lorsqu’ils se décrivent vont dire qu’ils aiment apprendre des choses et qu’ils sont très curieux. Mais cela se résume à quelques épisodes rapides durant la semaine et la journée. Ce dont l’on parle ici est sans commune mesure. Pour le surdoué, le cerveau doit constamment être stimulé. Sinon, il se sent pas tout à fait dans son élément. Il manque quelque chose. Et même si durant la journée il a appris beaucoup, le lendemain, tout est à recommencer, comme si il était condamné à vivre de stimulations multiples et répétées. S’il n’a pas sa dose, l’ennui peut s’installer. Ce qui devient pénible. Mais la curiosité ne doit pas être aléatoire, elle doit être productive et constructive. Elle doit ouvrir l’univers des connaissances. Pour y parvenir, il ne faut pas qu’elle soit stérile, inutile et avorte. Donnons un exemple. Je ne serai pas très doux. Disons que vous aimez une supposée artiste qui se nomme Madonna. Vous achetez tout ses albums. Dans 10 ans, ce qui a été composé et interprété pour plaire maintenant dans l’instantanéité n’aura presque plus de valeur, excepté 2 ou 3 morceaux. Beaucoup d’albums, très peu de choses à retenir. Maintenant, prenons John Coltrane. Après le même intervalle de temps, vous réécoutez ses albums et vous vous retrouvez avec une centaine de pièces (la période Prestige) qui conservent de leur efficacité.  On est pas dans la même ordre de choses. Soit que l’on s’en rend compte instantanément de la valeur d’une telle musique, soit qu’il faille un apprentissage du jazz et l’écoute de plusieurs de ces musiciens. Ce détour nous permet de comprendre quelque chose. La connaissance de Coltrane nous ouvre les portes du jazz. Par la suite, nous avons un goût plus raffiné et nous sommes un auditeur averti. Pour Madonna et la Pop, cela ne débouche sur rien. À moins qu’il y a quelque chose qui m’échappe. Chose certaine, avoir 50 ans, se tenir en petite tenue sur une chaise, sur la scène, et faire des mouvements qui consistent à s’ouvrir les jambes et à les fermer, c’est pour le moins un peu ridicule et vulgaire. Pour certains, il y aurait une petite gène de faire cela et ce serait un peu humiliant. La musique n’a jamais avancé avec ce genre de chose. Passons.

Il faut donc, pour revenir à la première caractéristique, que ce qui est appris amène logiquement la suite, qui passe du simple au plus complexe. Évidemment, il faut une bonne mémoire. Mais ce n’est pas tout. Il faut qu’elle soit discriminante et sélective. Certaines personnes peuvent se souvenir de ce qu’ils ont fait à tel date, où ils étaient, et une foule de détails. D’autres, se souviennent par cœur de leurs tout premiers poèmes, ce qui est pratique lorsque l’on fait une nuit de la poésie, d’autres, telle année, telle équipe, telle coupe Stanley, etc. Ce qui peut être très impressionnant face à quelqu’un qui n’a aucun espèce de souvenir du genre, mais est-ce que cette mémorisation va servir dans une autre forme d’apprentissage? Je crois que non. Ce qui fait que la curiosité et la mémoire doivent être orientées. Il ne faut pas aller dans tous les sens et n’importe comment : vaux mieux une tête bien faite que pleine.

Que dire d’autre. Il faut évidemment un environnement stimulant pour que les liens du cerveau se développent en bas âge et surtout que l’on nous apprenne à apprendre, pour devenir parfaitement autonome. Parce qu’à partir d’un certain âge, l’on se retrouve  seul et on doit poursuivre en autodidacte.
 
Avant de poursuivre, il faut que j’amène de petites expériences qui vont un peu éclairer la situation des garçons à l’école. J’ai eu la chance ou le malheur d’atterir dans des classes de douance. Malheur, parce que pour moi ce qui m’intéressait c’étaient les jeux, le sport et l’exploration. À chaque lundi c’était le découragement devant l’obligation de s’asseoir pendant 5 jours. Horreur de connaître de nouvelles personnes. Extrême timidité. Phénomène étrange : incapable de lire devant la classe; les yeux se mettaient à couler et je ne voyais plus rien. Donc, j’étais un petit peu attardé. Premier groupe de douance : 2ième et 3ième années dans la même classe. Bizarre. Peu de souvenir. Deuxième essai; la bonne. 5 et 6ième années. Élèves triés sur le volet. Toute les notes des 5 premières années analysées, mais surtout comportement irréprochable. Premier véritable professeur. Ce que l’on nomme un maître. 5ième et 6ième années, la véritable matière apparaît. Très difficile. Le professeur nous disait : «Les sixièmes lisez telles pages.» Pendant ce temps, 20 minutes d’explications et de théorie pour les 5ième années. Ce n’était pas évident. Il faut se concentrer sur un texte pendant que le professeur parle sans arrêt. Mais dans cette expérience, les gens qui ont élaborés le programme faisait le pari que c’était possible. Et oui, cela fonctionnait bien, mais il fallait toujours que du côté des élèves on entende une mouche voler. Interdiction de parler inutilement. Une discipline très exigeante. Mais… Comme nous étions tous embarqués dans le même bateau, chacun avait un respect pour les efforts que tous nous devions faire. Et c’est là que l’on comprend la problématique des garçons. Car il était très bien vu qu’un garçon finisse premier. Contrairement au classe ordinaire, où entre 13 ans et 17 ans si un garçon ouvre trop longtemps ses livres, est trop studieux, il passe, aux yeux des autres garçons, pour un bôlé. Insulte suprême, pour un garçon. Pour une fille qui performe, c’est plus naturelle. Bien qu’elle passe pour une fille à papa, qui doit la plupart du temps rester à la maison. Et c’était le cas, il y a 20 ou 25 ans. Dans les cinq groupes dans lesquels j’ai fait l’expérience, au sein desquels entre garçons on voulait performer et où ce n’était pas une honte de prendre un peu de temps pour l’étude, au final c’était toujours un garçon qui s’en sortait le mieux. Et ce n’était pas un secret que nous avions nos vies parallèles : nous étions 7 ou 8 à pouvoir rentrer très tard, mais dans le groupe de 5ième et 6ième années il n’y avait qu’une seule fille qui nous accompagnaient (très sportive). Les autres étudiants, on ne les voyait jamais, le soir, faire des folies que l’on fait à cet âge; il n’y a pas que les études dans la vie; j’imagine qu’ils devaient lire à la maison, étudier pour pouvoir performer.

On comprend l’échec des garçons, aujourd’hui. Si on performe dans les sports, ça va. Si on est studieux, on va être sujet aux plaisanteries, aux agacements, et on peut se retrouver à part. D’autant plus que vers l’âge ingrat (14-17 ans), celui qui a le nez dans les livres est parfois bizarre (jamais fumé de cigarette, jamais pris d’alcool, maladroit avec les filles, et surtout pas l’élu des dames). Donc, les garçons sont destinés à faire les cons, à avoir une grande gueule, à défier l’autorité, et, super cool, à se foutre de tout. Les professeurs le disent : durant plusieurs années on ne peut pas demander à un garçon de tenir une heure sur une chaise. Il faut qu’il utilise son corps pour faire des jeux, des trucs, etc. Autre chose. C’est pas toujours une bonne idée de mettre des garçons avec des filles. Les garçons deviennent stupides. À 25 ans, je retourne au secondaire professionnel pour suivre un métier. Le cours dure 2 ans. Mais c’est un emploi d’avenir, donc du sérieux; beaucoup de matière et maîtrise de plusieurs domaines; ce qui veut dire assez coûteux, vu toute la machinerie et les systèmes automatisés. On se retrouve dans un groupe trop nombreux dans lequel il y a trois filles. C’était n’importe quoi. La consigne était qui serait le plus con. (Même un homme de 45 ans entrait dans ce petit jeu de jeune adulte attardé; c’était une vraie contagion.) Les garçons n’arrêtaient pas de médire les uns des autres; manque de discipline, et, bien sûr, les farces étaient toujours fait au dépend de celui qui était puceau. De l’acharnement assez cruel et humiliant. Nous sommes alors deux à exiger de changer de groupe. L’autre groupe, moins nombreux, était uniquement composé de garçons. Ce qui fait qu’il y avait plus de calme et de discipline. Quelques plaisanteries, mais jamais méchantes. Encore un autre puceau, mais les gars l’encourageaient, lui donnaient des conseils, et disaient : «on va te sortir». Ce qui a donné une belle fin d’année. Les garçons restent immatures plus longtemps s’il faut qu’il brille en stupidité pour faire rire et se rendre intéressant vis-à-vis du beau sexe. À moins d’être dans un groupe où l’émulation compte énormément. Dans le cas de l’expérience en 5ième et 6ième  années, école d’un quartier ouvrier assez pauvre, j’ai appris plus tard que durant ces années il y a avait eu évaluation et cette institution d’enseignement était parmi les premières de la province. Il y avait des enfants qui se faisaient virer d’école beaucoup plus dure, où il y avait de la violence, qui atterrissaient dans notre école; et bien, dés la première journée où un garçon a voulu imposer sa loi, en fait, parce qu’il avait dû apprendre à se défendre à l’autre école, le professeur à élevé la voix un tout petit peu, et ayant beaucoup d’expérience, il lui a dit qui il était, et que tout ça était fini. J’ai jamais vu quelqu’un se faire engueuler, à voix basse, à ce point. Tout cela s’est terminé par les pleurs d’un dur. Mais il était absolument dompté. Désormais l’on pouvait se consacrer à l’apprentissage dans le meilleur des climats. Mais ce fut de courte durée. Parce que le secondaire s’est pointé. L’horreur. À dix minutes de marche, plus loin, on entrait dans la jungle. Aujourd’hui, cela ne se fait plus; cette expérimentation d’un très mauvais goût était hallucinante; à douze ans, avoir une consoeur étudiante de 17 ans juste à côté; qui a comme petit ami un homme de trente ans qui vient la chercher à l’école, en motocyclette, et qui lui fournit sa drogue. Des garçons, de 16-17 ans, juste à côté, incapable de réussir leur secondaire un, placé dans des classes spéciales, dans lesquelles je n’ai jamais su ce qu’il pouvait faire durant cette longue journée. C’est sûr qu’on avait une petite crainte, mais le taxage n’existait pas à ce moment. Ce qui fait que les pires à plaindre étaient les enseignants qui avaient tous peur qu’une brute, manifestement douée au niveau de la testostérone perde la tête. Le cours mémorable était l’anglais. Cette gang de débiles heureux de l’être explosait durant ce cours. Résultat : 5 professeurs en arrêt de travail maladie. Le dernier en liste avait trouvé une méthode : il se battait avec l’étudiant de dix-huit ans en secondaire deux. Tout un spectacle qui donne envie de revenir le lendemain à l’école. Tout cela a duré trois ans. Par la suite, je crois qu’il on interdit qu’un étudiant ait plus de 2 ans plus vieux que le groupe. Ce sont les seuls souvenirs qui restent, tout le reste a été effacé, comme dans un cauchemar intense où on ne réussit pas à s’en souvenir. Manifestement nous étions dans la pire des écoles.

Passons à la deuxième caractéristique du surdoué. Cette fois-ci je comprends assez, mais je ne peux pas fournir d’explications. Ce serait le fait d’avoir un éthique plus développé. Mais je n’arrive pas à concevoir à quel niveau. Les surdoués ont des principes strictes, ils sont choqués devant l’injustice, aspirent à l’équité, à la justice distributive, poursuivent un impossible franchise, cherchent et trouvent des solutions pour améliorer la société? Il se peut que cela soit un peu de tout cela. Si on prend le cas de Karl Marx, disons que c’est la plus grande tentative moderne pour tenter de concevoir un monde où la principale injustice serait abolie; soit, la désappropriation du fruit, de la force de notre travail, au profit de véritables parasites prédateurs  qui, en trouvant les règles du fonctionnement du marché (et en trichant ou éliminant les concurrents) et découvrant les mécanismes de l’aliénation par la consommation qui perd toute mesure, deviennent fabuleusement riches et transmettent leur fortune à leurs descendants pour que ceux-ci poursuivent l’entreprise qui perpétue la magnifique œuvre du pionnier qui a su par son grand génie s’élever au-dessus de la masse inférieure des pauvres abruties de travailleurs, qui n’ont rien compris et ne comprendront jamais, et qui surtout si on leur apprend certaines valeurs, (indépendance, fierté du travail accompli, le bonheur de pouvoir se payer ce dont l’on a envie), n’auront aucun intérêt à se solidariser pour pouvoir changer l’état des faits économiques qui sont ni plus ni moins que la domination d’êtres qui ne veulent surtout pas travailler (voir La théorie de la classe des loisirs). Le capitalisme a la principale propriété de créer une civilisation piégée, de laquelle il est presque impossible de sortir, au risque de créer un immense chaos désorganisateur. Entendu que la principale qualité de cette économie de marché, c’est d’organiser l’ensemble des comportements, tout en laissant une grande impression de liberté aux travailleurs. Mais c’est aussi un type d’organisation qui permet indirectement le principe de l’utilitarisme : le plus grand bonheur pour le plus grand nombre, en Occident, du moins.

Ce qui nous donne le début de notre réponse sur un sens de l’éthique plus développé, car Marx était un surdoué, mais qui a su survivre, trouver un sens à sa vie, créer quelque chose d’unique, devenir un véritable génie. Sur ce deuxième caractéristique je dois m’arrêter ici. Seulement une chose : être surdoué, donc avoir un éthique plus développé nous donne de grands auteurs qui avaient à cœur de changer la société et non pas seulement y agir pour notre propre intérêt.

Troisième caractéristique. Celle-là, saute aux yeux. Elle est vérifiée par les trois personnes que j’ai connu. C’est la multidisciplinarité-polyvalence. Mais c’est un immense piège. Parce que l’on va se retrouver dans la situation ou on ne saura pas quoi choisir de faire dans la vie.

Un exemple : quelqu’un peut apprendre la musique, le solfège, à partir d’un livre. Un jour il apprend la sonate à la lune, qui est un pur ravissement quand on regarde et écoute juste à côté du piano. Une autre fois, en passant par le conservatoire, on se dit, en cachette, allons essayer un des pianos. Surprise. Dés les premières notes c’est de l’impressionnisme debusien. Une autre journée, un peu plus dévergondée, il joue du ragtime et du blues, qui sont assez  proche l’un de l’autre. Pour terminer par une longue improvisation inspirée; mais quelle surprise!, il a intégré le style de nul autre que l’unique Keith Jarret. Celui qui a vendu un disque, Live at Köln (Cologne), qui se trouve a être l’album de jazz le plus vendu de tous les temps. Nul besoin de dire qu’il est fortement recommandé d’acheter ce disque. Cette personne que je connaîs, manifestement surdoué, puisqu’il peut intégrer et assimiler autant de styles musicaux, sans jamais avoir suivi de cours et en pratiquant pas trop souvent de son instrument, aurait pu faire une carrière musicale. Mais ce n’est que le début. Si je calcule le nombre d’instruments différents avec lesquels je l’ai vu jouer, on en compte au moins dix.

Il y a évidemment autres choses. Cet individu surdoué répare sa voiture, fait de la plomberie, de l’électricité, un peu d’électronique, de la menuiserie. Le tout en ayant pas suivi de cours. Son apprentissage le plus récent est l’ordinateur et internet. Il a maintenant dans la cinquantaine; ce n’est pas toujours évident d’apprendre tout à partir du début, à cet âge. Mais maintenant il a appris tout ce que j’ai appris en dix ans.

Attardons-nous un instant à l’expérience et à la théorie en informatique. Si vous faites une mauvaise manœuvre, effacez ou formatez votre disque dur ou si un virus à effacer la master boot record; pas de panique, il n’y a rien d’effacer, seulement que la table d’allocation. Il suffit de ne plus rien copier où installer. Vous allez vraiment apprécier ce que je vais vous dire, car si vous perdez des souvenirs (photos, musiques) ou du travail de plusieurs années (véritable catastrophe), il faut absolument faire venir quelqu’un ou acheter un logiciel, mais lequel? (ça peut finir par coûter cher). Donc on peut le faire à distance (envoyez-moi un courriel et je vous dis comment faire pour tout récupérer vos données sur votre disque; le logiciel coûte 130$. Par contre, si le moteur à rendu l’âme (trouble mécanique) ou une chip ou une résistance c’est pas pour nous. Dans le cas du moteur, il faut ouvrir et récupérer le disque, ce qui coûte entre 500-1000$? Si c’est un trouble électronique, ce peut-être moins coûteux. Chose certaine, ce que nous avons sur nos disques à souvent pas de prix.

Maintenant, la quatrième caractéristique qui est en fait une résultante des trois premières. Commençons avec son rapport avec la troisième caractéristique : la grande polyvalence. Il y a donc cette question qui se pose pour le surdoué : «Que vais-je faire dans la vie?» Si je peux apprendre un cours de deux ans en deux mois; le temps va être long. On termine tout de même le cours pour occuper ce métier. Après quelque temps, la notion de défi à relever n’est plus là, on connaît tout de notre métier; on stagne; à moins de changer d’industrie. On reste, mais ça devient ennuyant. Il ne faut pas oublier que l’on est condamné à apprendre, si on est surdoué, sinon c’est l’insatisfaction, et que pour Hegel le sens de la vie, c’est la satisfaction; non pas des besoins, mais plutôt de réaliser la transcendance par la création. On a donc pas le choix, il faut passer à un autre métier, afin d’avoir de nouveaux défis.  Mais cela va durer combien de temps tout ça.

Ce qui fait que le surdoué à de la difficulté à choisir une profession ou un métier, car il peut en occuper une multitude. Ce qui fait qu’il n’arrive pas à se fixer.

La résultante est que ce fameux surdoué, selon le portrait que l’on en a tracé n’est pas doué d’un très grand bonheur. Plusieurs ont tendance à rater leur vie. Le cas le plus tristement célèbre, c’est celui du philosophe de la Volonté de puissance. Il était fait pour réaliser quelque chose de grand, mais la folie en a eu raison. Il devait payer pour publier ses livres, mais aucune revue, ni journaux, absolument rien n’en faisait un compte rendu. Par conséquence, il n’avait aucune existence; il errait.

Le surdoué peut réussir, être bien, faire quelque chose d’important, de marquant, mais trop souvent il erre et il est malheureux.


05/09/2010 6:55 pm
La volonté
Schopenhauer a fort probablement lu les Pensées de Pascal en français. La citation suivante le prouve : «Et d’autre part, le besoin et la souffrance ne nous accordent pas plus tôt un répit, que l’ennui arrive; il faut, à tout prix, quelque distraction.» Pour Pascal, ceci résulte en la mauvaise habitude, qui est un piège, du divertissement; le fait que l’homme est incapable de rester seul dans sa chambre. Juste après, le philosophe de la volonté souligne que «ce qui fait l’occupation de tout être humain, ce qui le tient en mouvement, c’est le désir de vivre». La volonté est donc une tendance qui vise la conservation de l’espèce, chez les animaux, surtout, et à la conservation de l’individu conscient, chez l’être humain. Le problème chez celui-ci est que «cette existence, une fois assurée, nous ne savons qu’en faire, ni à quoi l’employer». Mais Schopenhauer nous ménage une porte de sortie pour que la volonté, qui peut devenir inutile, car dénuée de projet, ne se nie pas complètement: la création artistique. Par ailleurs, l’ennui revient si souvent, dans les propos de cet auteur, qu’il serait important de le citer toutes les fois où il en parle : «Aussi voyons-nous le plupart des gens à l’abri du besoin et des soucis, une fois débarrassés de tous les autres fardeaux, finir par être à charge à eux-mêmes, se dire, à chaque heure qui passe : autant de gagné! à chaque heure, c’est-à-dire à chaque réduction de cette vie qu’ils tenaient tant à prolonger; car à cette œuvre ils ont jusque-là consacré toutes leurs forces. L’ennui, au reste, n’est pas un mal que l’on puisse négliger; à la longue il met sur les figures une véritable expression de désespérance. (Ce qui suit démontre toute la profondeur de ce philosophe négligé.) Il a assez de force pour amener des êtres, qui s’aiment aussi peu que les hommes entre eux, à se rechercher malgré tout; il est le principe de la sociabilité. On le traite comme une calamité publique; contre lui, les gouvernements prennent des mesures, créent des institutions officielles; car c’est avec son extrême opposé, la famine, le mal le plus capable de porter les hommes aux déchaînements extrêmes (…). Le système pénitentiaire en vigueur à Philadelphie n’est que l’emploi de l’isolement et de l’inaction, bref de l’ennui, comme moyen de punition; or l’effet est assez effroyable pour décider les détenus au suicide. Comme le besoin pour le peuple, l’ennui est le tourment des classes supérieures. Il a dans la vie sociale sa représentation le dimanche; et le besoin, les six jours de la semaine».

Schopenhauer enchaîne en mentionnant que ce qui peut nous sortir du cycle du désir et du besoin qui se répète à l’infini et qui est souffrance, c’est la contemplation de l’œuvre de création artistique, mais ce n’est pas donné à tous, il faut des facultés spéciales, une intelligence supérieure. Je me dois de citer un long passage. «Entre les désirs et leurs réalisations s’écoule toute la vie humaine. Le désir, de sa nature, est souffrance; la satisfaction engendre bien vite la satiété; le but était illusoire; la possession lui enlève son attrait; le désir renaît, et avec lui le besoin; sinon, c’est le dégout, le vide, l’ennui, ennemi plus rude encore que le besoin. –Quand le désir et la satisfaction se suivent à des intervalles qui ne sont ni trop longs, ni trop courts, la souffrance, résultat commun de l’un et de l’autre, descend à son minimum; c’est là la plus heureuse vie. Car il est bien d’autres moments, qu’on nommerait les plus beaux de la vie, des joies qu’on appelleraint les plus pures; mais elles nous enlèvent au monde réel et nous transforment en spectateurs désintéressés de ce monde; c’est la connaissance pure, pure de tout vouloir, la jouissance du beau, le vrai plaisir artistique; encore ses joies pour être senties, demandent-elles des aptitudes bien rares; elles sont donc permises à bien peu, et, pour cela même, elles sont comme un rêve qui passe; au reste, ils les doivent, ces joies, à une intelligence supérieure, qui les rend accessible à bien des douleurs inconnues du vulgaire plus grossier, et fait d’eux, en somme, des solitaires au milieu d’une foule toute différente d’eux; ainsi se rétablit l’équilibre. Quant à la grande majorité des hommes, les joies de la pure intelligence leur sont interdites, le plaisir de la connaissance désintéressée les dépasse; ils sont réduits au simple vouloir. Donc rien ne saurait les toucher, les intéresser, sans émouvoir en quelque façon leur volonté, si lointain d’ailleurs que soit le rapport de l’objet à la volonté, et dût-il dépendre d’une éventualité; de toute façon il faut qu’elle ne cesse pas d’être en jeu, car leur existence est bien plus occupée par des actes de volonté que par des actes de connaissance (…). Rien ne révèle mieux ce besoin d’excitation de la volonté que l’invention et le succès du jeu de cartes; rien ne met plus à nu le côté misérable de l’humanité.»

Pour notre auteur, il est impératif de sortir de la volonté, voir de l’annihiler, de la réduire à l’essentielle; les simples besoins, tout en évitant de désirer le superflu qui est non nécessaire. Dans le cas contraire, nul n’y échappe, le lot de la vie est la souffrance, puisque le désir du matériel est presque infini. À l’époque de Schopenhauer, la relative aisance et richesse pour le plus grand nombre ne pouvait se réaliser; la société d’alors n’était pas très riche; d’où une certaine frustration des désirs. Il apparait donc que «entre la douleur et l’ennui, la vie oscille sans cesse». Ce qu’on appelle le pessimisme et le nihilisme schopeuhauerien. Par la suite, il fait une distinction : nous pouvons rester stoïques devant les maux nécessaires, comme la vieillesse et la maladie; ce qui nous fait perdre la patience et la soumission aux maux, c’est le fait que certains sont fortuits et auraient pu ne pas arriver. Il mentionne tout de même que par la raison on peut arriver à la quiétude. «C’est bien l’idée que nos maux sont accidentels, qui leur donne leur aiguillon. Mais nous comprenons clairement que la douleur, en elle-même, est naturelle à ce qui vit et inévitable; que seule son apparence, la forme sous laquelle elle se manifeste, dépend du hasard; qu’ainsi la douleur présente remplit simplement une place où, à défaut d’elle, quelque autre viendrait se mettre, qu’elle nous sauve par là de cette autre; qu’enfin la destinée, au fond, a bien peu de prise sur nous; toutes ces réflexions, si elles devenaient une pensée vraiment vivante en nous, nous mèneraient assez loin dans la sérénité stoïque et allégeraient grandement le soin que nous prenons de notre bonheur personnel. En fait, un tel empire de la raison sur la souffrance ressentie immédiatement ne se rencontrera que rarement ou même jamais.»

Ce qui nous permet de s’affranchir de la volonté et d’éviter le dégoût et l’ennui, c’est la contemplation des Idées et la poursuite de la connaissance : «En second lieu vient la pure connaissance, la contemplation des Idées, privilèges réservés à l’intelligence affranchie du service de la volonté; et c’est là la vie du génie».


04/09/2010 6:22 pm
Le deuxième sexe (de Beauvoir)
Cet ouvrage en deux tomes a fait date dans l’histoire du féminisme au 20ième siècle. Ce sont des analyses et des propos d’une grande valeur. Simone de Beauvoir procède, en premier lieu, par l’exposition des positions sur la femme qui viennent de la biologie, de la psychanalyse et du matérialisme historique (Engels surtout, avec L’Origine de la famille, et moindrement Marx, ainsi qu’Auguste Bebel pour le socialisme).

L’altérité

Elle débute le premier chapitre, introduction, en mentionnant la question de l’altérité dans laquelle elle est inspirée par la position hégélienne de la dialectique du maître et de l’esclave (position qui se retrouve dans la Phénoménologie de l’esprit, ouvrage qu’elle a participé a faire connaître en France et qui a fortement marqué Sartre pour l’écriture de L’Être et le néant). Il y a aussi l’influence de Lévis-Strauss qui venait juste de lui communiquer sa thèse. Elle en retient ceci : «Le passage de l’état de Nature à l’état de Culture se définit par l’aptitude de la part de l’homme à penser les relations biologiques sous forme de système d’oppositions : la dualité, l’alternance, l’opposition et la symétrie, qu’elles se présentent sous des formes définies ou des formes floues, constituent moins des phénomènes qu’il s’agit d’expliquer que les données fondamentales et immédiates de la réalité sociale». Elle poursuit en corroborant les considérations hégéliennes du maître. «Hegel découvre dans la conscience (une) fondamentale hostilité de la conscience à l’égard de toute autre conscience.» Mais il nous faut fournir, ici, des explications. Le propos cité de Lévis-Strauss n’invente rien, il suffisait de lire Hegel, qui, lui, est un véritable innovateur qui a proposé, avant tout autre tentative, une psychologie des catégories de la raison et de sa formation. À la lecture de la Phénoménologie, on est quelque peu embarrassé. On découvre que c’est la synthèse finale de la philosophie. Tout ce qui viendra par la suite sera condamné à répéter, si les apprentis philosophes n’ont pas lu cet ouvrage. Le Savoir est en quelque sorte achevé. Tout a été dit, si on considère cette lecture avec les connaissances aristotéliciennes, bien sûr. Du côté des femmes, mais dans d’autres disciplines, il y aura Rosa Luxembourg, Mélanie Kleine, Hélène Deutch et Simone de Beauvoir qui apporteront une contribution notable, mais cela reste malheureusement quelques petites découvertes venues après les grandes qui ont été fait au masculin. C’est ainsi, c’est dommage, mais les principales intéressées le savaient que trop bien. Difficile d’être tard venu. De Beauvoir mentionne, par contre, que c’est très malhonnête, et c’est vrai, de la part des hommes de se cacher derrière des génies pour continuer, aujourd’hui, à prétendre que le masculin est plus apte avec les choses de l’esprit. Mais il faut mentionner que selon notre auteure, c’est Sartre qui amenait les concepts abstraits et que de Beauvoir avait comme tâche de les tester en leur redonnant une application plus opérationnelle au niveau des faits. Donnons, maintenant les concepts hégéliens.

Tout commence par l’En soi, la conscience animale. Par la suite, apparaît le Pour soi, la conscience de soi (Erectus, premier hominien qui enterre ses morts). Mais il faut que la conscience de soi soit redoublée par la conscience, ce qui donnera l’En soi Pour soi. Pour cela il faudra qu’une autre conscience nous reconnaisse comme conscience. Ceci se fait dans une lutte pour la vie (être prêt à mourir pour mettre en jeu sa vie). S’il y a mort, le processus avorte. Pour pouvoir passer à cette étape, il faut que le moins fort abdique et demande la permission de vivre, mais sous une autre forme (la dialectique maître-esclave se met en branle). Mais cet état de fait est une impasse dans le but poursuivit. Il faut que nous soyons reconnus par une conscience libre (la toute dernière étape sera d’être reconnu par un pair (un guerrier courageux reconnu par un autre guerrier courageux, un sociologue reconnu par des sociologues (idée importante de Bourdieu pour pouvoir valider l’importance d’une œuvre scientifique). On devine donc que de Beauvoir n’invente rien. La femme assujettie va devoir devenir En soi Pour soi pour que l’homme devienne enfin véritablement libre de sa subjectivité qui le contraint à percevoir, imaginer et nommer la femme inférieure. La lutte de la libération de la femme est donc cette lutte, et elle semble être réalisée. L’ouvrage de Simone de Beauvoir perd ainsi de son actualité. Elle reste une œuvre importante, mais qu’il faut dépasser dans l’ordre du discours. Hegel avait déjà atteint cette étape dans le fait qu’il était parvenu à dépasser l’En soi Pour soi vers l’ultime étape de la Raison Absolue. Cette étape est paradoxalement qu’il faille désabsolutiser le soi. Donnons les explications de notre auteure. L’homme se perçoit comme le sujet Absolu fondateur des caractéristiques et qualités : courage, détermination, raison (la femme devient l’altérité, l’opposé strausien : craintive, impulsive, sensible, sentimentale, irrationnelle, ect.) Il faudra donc que l’homme sorte de cette logique duale absolutisante (cesser de parler de l’éternel féminin). L’auteure du deuxième sexe nous donne la piste : on ne naît pas femme, on le devient. Idem pour l’homme. Donc, invitation à déessentialiser nos conceptions sur les deux sexes. Désabsolutiser le soi pour passer à la Raison Absolue et ainsi pouvoir se considérer comme égaux dans la différence.

Les données de la biologie

Il faut lire ce chapitre qui est une assez belle maîtrise des mécanismes de la procréation. Je retiens quelques phrases. Avant d’entrer dans les théories elle mentionne ceci : «il (l’homme) est fier au contraire si l’on dit de lui  «C’est un mâle!». Le terme femelle est péjoratif non parce qu’il enracine la femme dans la nature, mais parce qu’il la confine dans son sexe; et si ce sexe paraît à l’homme méprisable et ennemi même chez les bêtes innocentes, c’est évidemment à cause de l’inquiète hostilité que suscite en lui la femme (sa jouissance supérieure); cependant il veut trouver dans la biologie une justification de ce sentiment. Ajoutons que pour un anthropologue québecois, la pornographie est une tentative pour comprendre la femme, démystifier les mécanismes de la jouissance et ainsi atteindre une partie de sa psyché. Il faut avouer que c’est un peu maladroit et réducteur. Continuons les citations. «(…) en beaucoup d’espèces le mâle apparaît comme radicalement inutile.» «Chez l’araignée géante, la femelle porte ses œufs dans un sac jusqu’à ce qu’il arrive à maturité : elle est beaucoup plus grande et robuste que le mâle, et il arrive qu’elle le dévore après l’accouplement; on observe les même mœurs chez la mante religieuse autour de laquelle s’est cristallisé le mythe de la féminité dévorante.» Parlant des mammifères évolués : «Le coït est une opération rapide et qui ne diminue pas la vitalité du mâle. Il ne manifeste à peu près aucun instinct paternel. Très souvent il abandonne la femelle après l’accouplement. Quand il demeure près d’elle comme chef d’un groupe familial (famille monogamique, harem ou troupeau) c’est par rapport à l’ensemble de la communauté qu’il joue un rôle protecteur et nourricier; il est rare qu’il s’intéresse directement aux enfants.» La phrase suivante provient d’une conception existentialiste. «(…) créer c’est faire éclater au sein de l’unité temporelle un présent irréductible, séparé; et il est vrai aussi que dans la femelle c’est la continuité de la vie qui cherche à se réaliser en dépit de la séparation; tandis que la séparation en forces neuves et individualisées est suscitée par l’initiative mâle; il lui est donc permis de s’affirmer dans son autonomie» (et de se voir comme plus affranchit des lois de l’espèce, de l’instinct et des sentiments). «Si (la femme) on la compare au mâle celui-ci apparaît comme infiniment privilégié : elle (sa sexualité) se déroule d’une manière continue, sans crise et généralement sans accident.» «Car le corps étant notre prise sur le monde, le monde se présente tout autrement selon qu’il est appréhendé d’une manière ou d’une autre» (différence de perspective entre hommes et femmes). «Si le corps n’est pas une chose, il est en situation : c’est notre prise sur le monde et l’esquisse de nos projets. (…) La femme est plus faible que l’homme (…). À cette faiblesse s’ajoutent l’instabilité (hormonale), le manque de contrôle et la fragilité dont nous avons parlé : ce sont des faits. Sa prise sur le monde est donc plus restreinte (…). C’est dire que sa vie individuelle est moins riche que celle de l’homme (ce qui n’est plus le cas, aujourd’hui).» «le principe mâle crée pour maintenir, le principe femelle maintient pour créer (…).» «Ce n’est pas en tant que corps, c’est en tant que corps assujetti à des tabous, à des lois, que le sujet prend conscience de lui-même et s’accomplit : c’est au nom de certaines valeurs qu’il se valorise (Bouglé).» Donc « la biologie ne suffit pas à fournir une réponse à la question qui nous préoccupe : pourquoi la femme est-elle l’Autre?».

Le point de vue psychanalytique

La critique que formule de la psychanalyse, Simone de Beauvoir, est vraiment pertinente. Elle commence par le point fort et le progrès de cette science sur la psycho-physiologie. Elle dit que «c’est de considérer qu’aucun facteur n’intervient dans la vie psychique sans avoir revêtu un sens humain; ce n’est pas le corps-objet décrit par les savants qui existe concrètement, mais le corps vécu par le sujet». Ce qui fait que si on veut figer une nature féminine, on perd une grande partie de la compréhension du phénomène humain. Pour la sociologie qui se respecte, il faut toujours ménager une petite place aux valeurs qui font sens. La preuve : on a tous connu de ses êtres qui entre chez nous et qui ont aucun respect pour notre environnement intérieur. En quelques minutes, ils sont prêts à repartir, croyant avoir tout vu, alors que tout fait sens. Il y a des raisons pourquoi on a choisi des couleurs ou aucune couleur. Pourquoi certaines personnes ont des bougies aromatisées dans la salle de bain. D’autres, amoncellent des livres un peu partout, etc. On ne peut pas arriver à quelque chose de vraiment concluant si on ne tient pas compte des valeurs, en science humaine. Je ne sais pas si la psychanalyse a échoué à ce niveau, mais le matérialisme, il semblerait que oui.

«Ce n’est pas la nature qui définit la femme : c’est celle-ci qui se définit en reprenant la nature à son compte dans son affectivité.» Pour la psychanalyse on doit dire que c’est un système qui a utilisé des concepts rigides que l’on doit accepter comme étant admis. Les critiquer risquent de provoquer de sérieux problèmes à la théorie. «Freud a refusé n’étant pas philosophe de justifié philosophiquement son système (…). Cependant il y a derrière toutes ses affirmations des postulats métaphysiques : utiliser son langage, c’est adopter une philosophie.» Ici, de Beauvoir aurait dû nous énumérer ces postulats pour que l’on puisse vérifier, valider ce qu’elle avance. Après avoir définit le complexe d’Œdipe, Freud tentera de comprendre le cheminement de la petite fille. Ce sera le complexe d’Électre. Celui-ci semble trop calqué sur son pendant masculin. Mais, il a tout de même conscience que le cas féminin est plus complexe. Ce que nous apprendra La psychologie des femmes. Voyons le résumé qu’en fait l’auteur du Deuxième sexe. «(…) le sentiment de frustration de la fillette est d’autant plus cuisant qu’aimant son père elle se voudrait semblable à lui; et inversement ce regret fortifie son amour : c’est par la tendresse qu’elle inspire au père qu’elle peut compenser son infériorité. La fillette éprouve à l’égard de sa mère un sentiment de rivalité, d’hostilité. Puis chez elle aussi le Surmoi se constitue, les tendances incestueuses sont refoulées; mais le Surmoi est plus fragile : le complexe d’Électre est moins net que l’Œdipe, du fait que la première fixation a été maternelle; et puisque le père était lui-même l’objet de cet amour qu’il condamnait, ses interdits avaient moins de force que dans le cas du fils rival. Comme son évolution génitale, on voit que l’ensemble du drame sexuel est plus complexe pour la petite fille que pour ses frères : elle peut être tentée de réagir au complexe de castration en refusant sa féminité, en s’entêtant à convoiter un pénis et à s’identifier au père; cette attitude la conduira à demeurer au stade clitoridien, à devenir frigide ou à se tourner vers l’homosexualité.» Ce qui invalide le complexe de castration, c’est que plusieurs fillettes découvrent très tardivement le sexe masculin. Autrement dit, il n’y a pas de convoitise, peut-être du regret, car «la convoitise de la fillette, lorsqu’elle apparaît, résulte d’une valorisation préalable de la virilité». Un peu plus loin elle précise que «un des grands problèmes de l’érotisme féminin, c’est que le plaisir clitoridien s’isole : c’est seulement vers la puberté, en liaison avec l’érotisme vaginal, que se développent dans le corps de la femme quantité de zones érogènes (…). Par ailleurs, si on distingue l’affectivité de la sexualité, on a plus les moyens de la définir.» Dernière distinction : l’originalité du désir féminin, puisqu’il se porte sur un être souverain qui concentre en lui l’autorité. La mère, elle, «n’est pas divinisée par le désir qu’elle inspire au fils». Mais dans certain cas le père est un perdant (dominé) et la mère une battante que les enfants admirent.

Par la suite, on passe à Alfred Adler. Celui-ci a fortement réagit au pansexualisme et à la génitalité freudienne, mais en faisant l’erreur inverse d’aucunement en tenir compte. Pour lui, ce qui compte c’est la volonté de puissance et la possible frustration de l’enfant constatant que son rêve de toute puissance n’est pas effectif. Donc complexe d’infériorité. «(…) ce conflit le conduit de mille subterfuges pour éviter l’épreuve du réel qu’il craint de ne pas pouvoir surmonter; le sujet établit une distance entre lui et la société qu’il redoute : de là proviennent les névroses qui sont un trouble du sens social (cette idée lui vient du philosophe de Sils-Maria, mais il retient que le côté négatif de la volonté de puissance, alors que celle-ci peut se retrouver à agir autant dans l’écriture d’un poème (volonté de saisir le monde) que dans la lutte et le pouvoir). En ce qui concerne la femme, son complexe d’infériorité prend la forme d’un refus honteux de sa féminité : ce n’est pas l’absence du pénis qui provoque ce complexe mais tout l’ensemble de la situation; la fillette n’envie le phallus que comme le symbole des privilèges accordés aux garçons; la place qu’occupe le père dans la famille, l’universelle prépondérance des mâles, l’éducation, tout la confirme dans l’idée de la supériorité masculine. Plus tard, au cours des rapports sexuels, la posture qui place la femme sous l’homme est une humiliation nouvelle. Elle réagit par une protestation virile; ou bien elle cherche à se masculiniser, ou bien avec des armes féminines elle engage la lutte contre l’homme (dans certains cas, la prostitué méprise l’homme, mais continue tout de même son activité, avec des sentiments ambivalents qui peuvent être très problématiques; j’y reviendrai, après avoir effectué la lecture de La psychologie des femmes). C’est par la maternité qu’elle peut retrouver dans l’enfant un équivalent du pénis. Mais ceci suppose qu’elle commence par s’accepter intégralement comme femme, donc qu’elle assume son infériorité. Elle est divisée contre elle-même beaucoup plus profondément que l’homme.» À la lecture de ce qui suit, on peut conclure que Freud et Adler ne s’oppose pas vraiment, ils sont complémentaires. Concernant le complexe d’infériorité, on doit nuancer. Beaucoup de personnes ne vivront pas ce problème, grâce à un bon estime de soi stable. Ils échapperont, dans une certaine mesure seulement, au schéma adlérien. Pour le freudisme, on doit dire que l’erreur à été commise par beaucoup de lecteurs qui ont absolutisé la théorie en la constituant en doctrine. Celle-ci nous explique beaucoup de phénomènes, mais n’est pas la vérité ultime et définitive. C’est le lot du fanatisme de perdre son sens critique. Et la psychanalyse a engendré beaucoup de fanatiques. Heureusement, on en ait, aujourd’hui, revenu. Mais on ne doit pas tout jeter. Il reste certaine trouvaille, comme le principe de plaisir et le principe de réalité, qui permettent d’expliquer beaucoup de chose, comme la dépression.

Elle poursuit sa critique de la psychanalyse, mais cela se corse un peu, vu que c’est une critique des fondements. Elle mentionne que tous les psychanalystes échouent à rendre raison du sens et de l’unité de la vie, d’autant plus qu’ils ne prennent pas en compte la présence des valeurs. Elle parle «d’intentionnalité originelle de l’existence». «Faute de remonter à cette source, l’homme apparaît comme un champ de bataille entre les pulsions et les interdits également dénués de sens et contingents.»  De Adler, elle dit : «(…) il a abordé le problème de la valorisation (donc des valeurs; ce qui fait qu’elle semble se contredire), mais il n’est pas remonté à la source ontologique des valeurs reconnues par la société et il n’a pas compris que des valeurs étaient engagées dans la sexualité proprement dite, ce qui l’a conduit à en méconnaître l’importance. Mais peut-être qu’elle en demande un peu trop, vu qu’Adler n’est pas un ontologue, qu’il ne devait pas nécessairement traiter de la question de l’être. «Il ne faut pas prendre la sexualité comme une donnée irréductible; il y a chez l’existant une recherche de l’être plus originel; la sexualité n’est qu’un de ces aspects.» Elle parle plus loin du problème de la liberté versus l’inconscient et l’inconscient collectif : «(…) cet inconscient fournirait à l’homme des images toutes faites et un symbolisme universel; c’est lui qui expliquerait les analogies des rêves, des actes manqués, des délires, des allégories et des destinées humaines (…)».  Elle propose que la liberté peut être compatible avec certaines contraintes. Ce qui est la réaction de l’existentialisme à la psychanalyse, la fameuse proposition de l’existence qui précède l’essence. «(…) les situations et les conduites se répètent; c’est au sein de la généralité  et de la répétition que jaillit le moment de la décision.» Par ailleurs, dans les histoires individuelles on découvre des types généraux que la psychanalyse exploite. «(…) des individus analogues placés dans des conditions analogues, saisiront dans les données des significations analogues (…).»

Suit des propos intéressants sur l’aliénation par l’objet et le pénis du petit garçon. Pour notre auteur, l’angoisse de la liberté pousse le sujet «à se rechercher dans les choses, ce qui est une manière de se fuir». Elle reprend l’analyse de Heidegger et mentionne que c’est une façon de résoudre un problème qui tend vers l’inauthenticité. Le pénis est perçu comme un objet étranger en même temps qu’il est le petit garçon. Ce peut être, au début, a prime abord, un jouet qui procure un plaisir subjectivement ressenti. La fonction urinaire et l’érection apparaissent comme maîtrisées par la volonté et spontanée; donc à la fois comme soi-même et un autre. Le fait que l’on dise que l’homme pense avec son pénis n’est pas faux, parce qu’il peut traduire sa valeur. «On conçoit alors que la longueur du pénis, la puissance du jet urinaire, de l’érection, de l’éjaculation deviennent pour lui la mesure de sa valeur propre.» Qu’en est-il du cas de la femme, qui, comme on le soupçonne, est encore, de loin, plus compliqué et plus aliénant.  «Privée de cet alter ego (le pénis) la petite fille ne s’aliène pas dans une chose saisissable, ne se récupère pas : par là, elle est conduite à se faire tout entière objet, à se poser comme l’Autre; la question de savoir si elle s’est ou non comparée aux garçons est secondaire; l’important c’est que même non connue par elle, l’absence du pénis l’empêche de se rendre présente à elle même en tant que sexe; il en résultera maintes conséquences.» Il faut noter que l’homme fait le même raisonnement inconscient en considérant la femme comme objet de son désir qui lui procurera du plaisir, tout comme son pénis objectivé. Ce qui nous donne les clés de compréhension pour saisir pourquoi l’érotisme génital de l’homme n’est pas très sophistiqué, car il ne s’étend pas vraiment au reste du corps comme celui de la femme, et qu’il ne ressent pas le plaisir des préliminaires, chose qu’il doit apprendre de sa partenaire. «(…) le phallus prend tant de valeur parce qu’il symbolise une souveraineté qui se réalise en d’autres domaines.» On ne peut pas savoir si ces propos sont de Simone de Beauvoir. Si c’est le cas elle est très innovatrice dans la saisie de la problématique. Le symbolisme du pénis fonde un véritable privilège humain. Comme elle le dit ce privilège n’est pas ressentit par la petite fille dans son complexe d’Électre, mais le sera plus tard comme le souligne Adler.

On ne peut pas dire qu’un femme est une femelle, avec son essence figé à tout jamais, mais qu’elle prend conscience de sa féminité comme membre de la société, dans laquelle l’univers des significations sociales lui donne des repères pour se percevoir et se penser. Elle a donc la liberté de se choisir à travers ce monde, même s’il est un peu figé. Notre auteure fixe les buts de son ouvrage : «D’autre part, nous poserons tout autrement le problème de la destinée féminine : nous situerons la femme dans un monde de valeurs et nous donnerons à ses conduites une dimension de liberté». Ce qui fait que chaque femme à la possibilité de sortir définitivement de la relation objectale. «Nous pensons qu’elle a à choisir entre l’affirmation de sa transcendance et son aliénation en objet; elle n’est pas le jouet de pulsions contradictoires; elle invente des solutions entre lesquelles existe une hiérarchie éthique.» Il faut ainsi sortir de la normalité de la psychanalyse qui substitue l’autorité à la valeur, la pulsion au choix. Sous certains rapports, cette psychologie est mécaniste et admet difficilement la création qui peut se produire à tout instant et nous libère du côté pulsionnelle des affectes. Si l’évolution dans la normalité schématique s’arrête en cour de route, il nous faut admettre que cet état de chose peut provenir de choix consentit, donc des fins librement posées. L’existentialisme ne serait accepter la posture psychanalytique puisque que ce n’est pas tant le passé qui détermine le choix que l’avenir  «vers lequel (on) se projette». Kant dirait que nous ne sommes pas agit par des causes ou des mobiles, mais nous nous déterminons par des raisons délibératives; d’où la possibilité d’un agir moral véritable.  De Beauvoir termine en disant et précisant son projet : «Pour nous la femme se définit comme un être humain en quête de valeurs au sein d’un monde de valeurs, monde dont il est indispensable de connaître la structure économique et sociale; nous l’étudierons dans une perspective existentielle à travers sa situation totale.»

Le matérialisme historique

Reprenant les idées du cartésianisme, le matérialisme historique de Marx et Engels considère que la société humaine «ne subit pas passivement la présence de la nature, elle la reprend à son compte». D’où l’injonction de tansformer le monde plutôt que de tout simplement l’interpréter, comme l’a fait Hegel. Il nous faut remettre la dialectique sur ses pieds, puisqu’elle marchait sur la tête. Du côté féminin : «la conscience que la femme prend d’elle-même n’est pas définie par sa seule sexualité : elle reflète une situation qui dépend de la structure économique de la société, structure qui traduit le degré de l’évolution technique auxquelles est parvenue l’humanité».

L’origine de la famille

Ce court ouvrage ou essai de Engels est assez important. Sa démarche lui vient d’un anthropologue et ethnologue qui venait à peine de publier à cette époque (Lewis Henry Morgan). C’est donc tout à son honneur d’avoir reconnu l’importance des données de cette recherche précieuse. Qu’apprenons-nous dans tout cela? «L’histoire de la femme dépendrait essentiellement de celle des techniques (ce qui est en grande partie admis, aujourd’hui). À l’âge de la pierre, quand la terre était commune à tous les membres du clan, le caractère rudimentaire de la bèche, de la houe primitive limitait les possibilités agricoles : les forces féminines étaient à la mesure du travail exigé par l’exploitation du jardin. Dans cette division primitive du travail, les deux sexes constituent déjà en quelque sorte deux classes; entre ses classes il y a égalité; tandis que l’homme chasse et pêche, la femme demeure au foyer : fabrication des poteries, tissage, jardinage; et par là elle a un grand rôle dans la vie économique. Par la découverte du cuivre, de l’étain, du bronze, du fer, avec l’apparition de la charrue, l’agriculture étend son domaine : un travail intensif est exigé pour défricher les forêts, faire fructifier les champs. Alors l’homme recourt au service d’autres hommes qu’il réduit en esclavage. (…) maître des esclaves et de la terre, l’homme devient aussi propriétaire de la femme. C’est là «la grande défaite historique du sexe féminin». Elle s’explique par le bouleversement survenu dans la division du travail par suite de l’invention des nouveaux instruments.» Dans cette situation le travail de l’homme lui apparaît plus productif que celui de la femme. Le patriarcat supplante le matrillinéisme (la transmission du domaine de la femme à son clan), et la femme vie l’oppression sociale. Son oppression sociale résulte de son oppression économique. On doit donc conclure que la domination de la femme par l’homme est un fait de culture plutôt qu’un état de nature, et que l’égalité entre les hommes et les femmes a fort probablement existé dans ce passé que décrit Engels. Beaucoup plus tard, dans la grande industrie moderne, la femme redevient productive, même si elle est à salaire moindre; les conditions de sa libération sont présentes. Le problème de la femme se réduit à celui de sa capacité (ce que l’histoire prouve abondamment, puisque aujourd’hui, elle a les mêmes droits que l’homme depuis qu’elle peut occuper presque tous les mêmes postes que les hommes). Ses capacités de travail étant «puissantes au temps où les techniques étaient adaptées à ses possibilités, détrônée quand elle est venue incapable de les exploiter, elle retrouve dans le monde moderne son égalité avec l’homme».

Pour terminer ce chapitre, de Beauvoir entame une critique du matérialisme historique valable, mais qui est un peu malhonnête. C’est-à-dire qu’elle va reprocher à celui-ci de n’être pas capable d’expliquer en profondeur le passage du régime communautaire à la propriété privée. Je ne sais même pas si on peut être capable de l’établir, aujourd’hui. Il y a eu des progrès : la conception dialectique du matérialisme historique à été dépassée, certes, mais les nuances semblent assez légères. Les conceptions marxo-engelsiennes sont encore enseignées comme moment important dans l’histoire de la pensée occidentale. Donc, on peut tout de même dire que ce qu’à permis la découverte du bronze, c’est la capacité de l’homme à éprouver son pouvoir sur la nature, d’en prendre possession. De se découvrir comme créateur, comme générateur d’activités autonomes. Mais dans ce processus il y a, au départ, aliénation : il se cherche dans des objets qui le représente. Pour ce qui en est de l’oppression, on peut être d’accord sur un point : «la division du travail par sexe aurait pu être une association amicale». Ce qui a été le cas dans différentes cultures jusqu’à très récemment. Pour notre auteure le phénomène d’asservissement «est une conséquence de l’impérialisme de la conscience humaine qui cherche à accompagner objectivement sa souvraineté». Dans ce rapport, contrairement au prolétariat qui veut sa suppression comme classe et celle du bourgeois exploiteur, la femme ne veut pas se supprimer, mais modifier ses rapports sociaux et ceux de la famille. Les tentatives en Union Soviétique l’on démontrées; la suppression des classes n’a pas libéré la femme; elle se devait d’être agréable physiquement pour son homme, comme le proposait la propagande. D’autant plus que supprimer la famille n’est pas une solution : Sparte et le régime Nazi le prouvent. On ne peut pas non plus réglementer l’instinct sexuel, puisque dans le désir d’enfant, on doit engager des valeurs. «Ce qui est certain c’est qu’il ne se laisse pas intégrer au social parce qu’il y a dans l’érotisme une révolte de l’instant contre le temps, de l’individuel contre l’universel (c’est ce que dira Alberoni à propos du moment où l’on tombe amoureux)…» «Il est impossible (…) de considérer la femme uniquement comme force productrice : elle est pour l’homme une partenaire sexuelle, une reproductrice, un objet érotique, une Autre à travers laquelle il se cherche lui-même.» Nous sommes d’accord sur un autre point : l’abstraction homo oeconomicus ne nous permet pas de résoudre l’interrogation qui porte sur la situation de la femme à une certaine époque. La femme concrète est plus complexe que cela : le monisme psychanalytique et matérialiste (on entend par là que l’économie explique presque tout; ce qui n’était pas tout à fait la conception marxienne). Pour notre auteure, pour aller plus loin, il faut considérer «le projet fondamental de l’existant se transcendant vers l’être. Ce que nous verrons dans la suite, probablement dans le deuxième tome.

Conclusion

Je termine le premier tome du Deuxième sexe par les quatres premières pages de la section histoire. Ces pages sont probablement les plus importantes qu’ait écrit de Beauvoir. On comprend enfin les raisons de la domination masculine. Elle débute en disant que le monde a toujours appartenu aux mâles. «On comprend donc que l’homme ait eu la volonté de dominer la femme : mais quel privilège lui a permis d’accomplir cette volonté? » S’ensuit des considérations hégéliennes. Premièrement, elle prétend que les hordes primitives ne s’intéressaient pas du tout à leur postérité. «N’étant pas rivées à un territoire, ne possédant rien, ne s’incarnant en aucune chose stable, elles ne pouvaient se former aucune idée concrète de la permanence; elles n’avaient pas le souci de se survivre et ne se reconnaissaient pas dans leur descendance; elles ne craignaient pas la mort et ne réclamaient pas d’héritiers; les enfants constituaient pour elles une charge et non une richesse. (…) La femme qui engendre ne connaît pas l’orgueil de la création, elle se sent passif de forces obscures (…)». Mettre au monde des enfants et s’en occuper n’est qu’une fonction naturelle, ce n’est aucunement un projet. Et c’est ici que nous comprenons la problématique : la femme est rivée à l’immanence de la reproduction qui est presque sans valeurs. Pour l’homme, c’est différent; il risque sa vie dans des luttes à mort; il transcende donc la vie pour entrer dans la dimension du projet. Cette transcendance, de loin supérieure à l’immanence féminine créera des valeurs masculines exclusivement : le courage, la détermination, la tempérance, l’amour du beau et du bien et la recherche de la connaissance. Nous avons donc la raison légitime de la supériorité masculine : la création d’un univers transcendant. L’homo faber est un créateur; il a besoin de construire des pirogues pour pouvoir pêcher le poisson; il confectionne des massues et des arcs, etc. «Le guerrier pour augmenter le prestige de la horde, du clan auquel il appartient, met en jeu sa propre vie. Et par là il prouve avec éclat que ce n’est pas la vie qui est pour l’homme la valeur suprême mais qu’elle doit servir des fins plus importantes qu’elle-même (pour Aristote, la contemplation). «La pire malédiction qui pèse sur la femme c’est qu’elle est exclue de ces expéditions guerrières; ce n’est pas en donnant la vie que l’homme s’élève au-dessus de l’animal; c’est pourquoi dans l’humanité la supériorité est accordée non au sexe qui engendre mais à celui qui tue.» En dépassant la mort, l’homme «invente et forge l’avenir». «Le privilège du Maître vient de ce qu’il affirme l’Esprit contre la Vie par le fait de risquer sa vie : mais en fait l’esclave vaincu a connu ce même risque; tandis que la femme est originellement un existant qui donne la vie et ne risque pas sa vie; entre le mâle et elle il n’y a jamais eu de combat; la définition de Hegel (de l’esclave immanent) s’applique singulièrement a elle.»
 
Terminons ainsi; et c’est là notre réponse à l’assujettissement de la femme; chose qui nous devient compréhensible et que ne suspecte pas les divers courants féministes qui ont trop souvent tendance a voir l’homme comme une bête dominante sans raison apparente, et agressif si son statut est remis en question : «La femelle est plus que le mâle en proie à l’espèce; l’humanité a toujours cherché à s’évader de sa destinée spécifique; par l’invention de l’outil, l’entretien de la vie est devenu pour l’homme activité. Et projet tandis que dans la maternité la femme demeurait rivée à son corps, comme l’animal. C’est parce que l’humanité se met en question dans son être c’est-à-dire préfère à la vie des raisons de vivre qu’en face de la femme l’homme s’est posé comme le maître; le projet de l’homme n’est pas de se répéter dans le temps : c’est de régner sur l’instant et forger l’avenir. C’est l’activité mâle qui créant des valeurs a constitué l’existence elle-même comme valeur; elle l’a emporté sur les forces confuses de la vie; elle a asservi la Nature et la Femme».

On peut dire que la femme a conquéris enfin, aujourd’hui, son égalité. Elle le mérite amplement, par son dynamisme et sa vitalité exemplaire, ainsi que par ses facultés qui se sont développées. Mais on le verra dans un prochain texte, elle reste trop souvent encore dans l’immanence (par contre, dans les premiers moments de l’amour elle peut être dans le transcendance lorsqu’elles échangent sur ses passions (romans, musiques, ect.). On voit souvent des filles brillantes et poétiques qui, avec l’âge et l’augmentation du salaire, s’embourgeoisent et se transforment en machine à consommer; ils finissent par s’identifier aux objets; du moins elles s’y perdent) Idem pour les hommes. La raison de ma critique est une déception : on croyait qu’avec l’éducation et l’égalité, les femmes en profiteraient pour entrer dans la transcendance. Mais c’est si rare que les possibilités de trouver une compagne de ce type est, à toute fin pratique, impossible, si on ne fréquente pas l’enseignement supérieur et la culture d’avant-garde.





31/08/2010 3:48 pm
Les médiats
« L’indépendance est un mythe. Il l’est davantage lorsque l’on insiste à ce dire exempt de tout pouvoir de contrainte. »

Dans le monde des médias, des organismes, des instituts ou des organes de presses, il est quasiment impossible de ne subir aucune influence ou aucun détournement quelconque. Aucun média, avec des moyens et un auditoire importants, ne seraient être affranchi des mécanismes de contrôle et de prise en charge du discours qu’introduit partout le grand capital financier et industriel, afin de contrôler l’information.

Des Exemples

Il y a quelque temps, « l'International Institute for Strategic Studies (IISS) rendit public son rapport sur les "armes irakiennes de destruction massive". Selon cette étude, l'lrak pouvait, en quelques mois, produire l'arme nucléaire et était, du coup, susceptible de créer un état de désordre menaçant pour la paix mondial. Tout en prenant soin de mettre en garde contre les dangers d'une récupération politique du rapport, François Heisbourg, président de l'IISS, n'en conseilla pas moins à G.W.Bush une intervention rapide et efficace.

La presse occidentale se fit alors l'écho de ce rapport publié par un organisme présenté comme "respecté" et "indépendant". Le quotidien Libération, passé de l'auto-gestion aux mains de la famille Seydoux, active dans le yogourt et le pétrole, alla même affirmer qu'il s'agissai d'une importante contribution au débat.

En réalité, l'IISS est tout sauf indépendant. Il compte trois vice-présidents parmi lesquels un ancien vice-secrétaire à la défense des Etats-Unis ainsi qu'un ex-administrateur de Shell. Quant à Heisbourg, il a été président de Matra. Un tel profil, on l'imagine, n'est pas sans conséquence dans le dossier en question. Enfin, Paul Wolfowitz et Donald Rumsfeld participent aux conférences de l'IISS financées par Lockheed Martin et BAE Systems. L'indépendance prêtée à cet institut, étroitement lié à ce qu'on appelait naguère le "complexe militaro-industriel", ne résiste guère, on le voit, à une enquête même rapide.

De tout cela, la presse n'a pourtant soufflé mot.

Trop commode pour être crédible, la théorie du complot est insuffisante à rendre compte de ce silence collectif et il serait bien imprudent d'attribuer aux journalistes quelque intention consciente de manipulation. Il n'est pas inutile en revanche de souligner le rôle joué par les agences de presse dans la diffusion aux quatre coins du monde des conclusions de ce fameux rapport. Car ces agences sont bien placées elles, sous le contrôle des "maîtres du monde", ceux-là qui précisément animent ladite "mondialisation libérale" avec ses effets ravageurs en termes de dégâts sociaux et d'insécurité à l'échelle planétaire. Pour s'en tenir à ce seul exemple, Reuters compte parmi ses dirigeants une personnalité telle que Pehr Gyllenhammar dont la carte de visite est éloquente : fondateur de la table ronde des industriels européens, administrateur du groupe Lagardère (doublement spécialisé dans l'armement et l'édition), membre du conseil international de la Chase Manhattan Bank et, par ailleurs, ami personnel d'Henry Kissinger et David Rockefeller.

La collusion des grands médias avec le nouveau complexe militaro-industriel n'explique certes pas tout. Mais elle contribue à la compréhension générale des forces qui gouvernent les processus de désinformation et des formes nouvelles que celle-ci peut prendre. On a tout lieu de craindre que, dans l'affaire irakienne, les médias participent à une politique de "militarisation des esprits". Sans doute les journalistes s'y prêtent-ils le plus souvent à leur corps défendant, sous la pression des structures dans lesquelles ils travaillent et portés par des réflexes d'autant plus spontanés qu'ils sont profondément inculqués. La tâche des intellectuels et des chercheurs dans le domaine de l'information n'en est que plus saillante : elle est d'appuyer les efforts des quelques journalistes critiques susceptibles de lutter, à l'intérieur des rédactions, contre ces réflexes dont on risque bientôt, en l'espèce, d'apercevoir les conséquences. »        Geoffrey Geuens


30/08/2010 3:41 pm
L’éthique
Certaines sciences ou certaines doctrines méritent une attention toute spéciale, parce qu’elles s’adressent en priorité à notre humanité.   Elles nous aident à connaître ce qui importe dans la conduite humaine et ce qui concerne notre destinée. Pour cette raison précise, l’éthique peut être considérée, à juste titre, comme étant la reine des disciplines. Bien qu’elles doivent puiser aux données de la psychologie, elle surpasse celle-ci du fait que ses règles doivent être constamment actualisables et mises en pratique concrètement. S’il est utile de bien comprendre les besoins psychiques que nous manifestons, il est, par contre, fondamental de saisir de quelle manière il nous faut agir en telles circonstances précises.

Il existe, par ailleurs, une problématique propre à l’éthique. C’est l’extraordinaire complexité de ses aboutissements contemporains, si l’on considère le fait que l’agir collectif, ce que l’on nomme la politique, vient toujours s’immiscer  en travers des fondements de l’agir personnelle. « Le but de l’éthique étant de faire une théorie systématique de ce que nous tenons ordinairement pour une conduite raisonnable, que cette conduite soit considérée comme juste en elle-même ou comme un moyen adéquat en vue d’une fin elle-même raisonnable », il nous faut garder à l’esprit que de sujet du roi nous sommes devenus citoyens au moment de la Déclaration des droits de l’homme, et qu’à partir de ce moment l’individu devint responsable de ses agissements face à la collectivité selon qu’ils furent raisonnables ou non. Le règne de l’individu débuta et engendra un monde de complexité effarant. Une rupture s’instaura d’avec le passé. L’héritage et les coutumes ancestrales perdirent de leur force et de leur influence, pour ne pas dire toute leur signification.

La coupure anthropologique de la modernité face à l’antiquité réside dans l’émergence d’un sujet apte à choisir raisonnablement ce que sera sa propre vie selon une échelle de valeurs qui peut être constamment réévaluée. Ce fut une révolution puisqu’à partir de ce moment l’individu, devenu une personne sous l’impulsion du christianisme, pouvait enfin bénéficier de sa conscience personnelle pour évaluer les conditions qui établissaient les critères du bien et du mal, du juste et de l’injuste, du permis et du défendu, de l’acceptable et du répréhensible.

Il en résulta un phénomène étrange et maladif. Si le Moyen Âge fit apparaître l’angoisse face au créateur, la modernité engendra l’anxiété du sujet qui se questionne incessamment sur ses agissements et sur sa situation face à la collectivité.

Pour cette raison l’éthique devint, au vingtième siècle, une discipline analytique importante, qui permit de comprendre les fondements anthropologiques actuels.




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