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Les prédateurs ont un rôle, une utilité et une fonction dans le règne animal. Mais ce n’est certainement pas le cas au niveau socio-économique. Pour Veblen, «les institutions de l'économie sont traversées par deux instincts de base, l'instinct artisan et l'instinct prédateur.» Le premier est bénéfique puisqu’il crée de la richesse et des biens de consommation. Le second est néfaste parce qu’il jouit des richesses des autres sans véritablement travailler et construire.
«La prédation est une relation où l’une des deux parties est en mesure d’imposer à l’autre une transaction sans contrepartie.» Et que fait le prédateur au juste? Il s’accapare un patrimoine non, ou mal, surveillé. Il réussit, en trompant et en contournant les règles légales, à s’approprier les biens, la fortune d’autrui. On peut considérer que la prédation est une très vieille activité. Chez les anciennes peuplades, le chef, le roi, les guerriers et les sorciers sont le prototype même du prédateur. Ils vivent en soutirant le fruit du travail des autres classes de la société. On doit dire aussi qu’avec les nouveaux systèmes informatisés et la globalisation, la prédation s’est considérablement développée. Ce qu’on appelle l’économie casino, où il est possible de s’enrichir considérablement en une seule journée, permet aussi que des parasites viennent occuper des postes clé, comme celui de président d’une firme multinationale. Ceux-ci imposent des économies en délocalisant et, par le fait même, s’allouent des primes au rendement, des stocks options qui se chiffrent en plusieurs millions de dollars. Ce qui s’apparente à du vol.
«La prédation, où l’une des deux parties peut imposer une transaction à l’autre, était la relation économique typique de la féodalité qui la compensait par la charité. L’échange équilibré, où les deux parties ont le même pouvoir d’accepter ou refuser une transaction, s’est imposé à partir du XVIIIe siècle avec l’industrialisation. La prédation n’a pas disparu alors – l’économie industrielle a engendré l’impérialisme et la guerre – mais l’échange équilibré fondait cette économie sur un principe pacifique.
La prédation revient en force dans l’économie contemporaine, fondée sur le système technique informatisé qui s’est déployé à partir de 1975 et où le risque et la violence, également extrêmes, vont de pair. Cette économie s’est divisée en deux mondes fonctionnant l’un sous le régime de l’échange équilibré, l’autre sous celui de la prédation. La charnière entre ces deux mondes, c’est le blanchiment. Il permet aux prédateurs d’introduire le fruit de la prédation dans le monde de l’échange équilibré pour s’y procurer richesse, influence et honorabilité. Il permet aussi aux financiers, journalistes, politiques et magistrats que les prédateurs ont achetés de jouir du fruit de la corruption».
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