|
Qu’est-ce qui explique au juste que la domination féminine, et partant toute forme de domination, puisse être si facilement acceptée et subite? On pourrait répondre que c’est que «la force de l’ordre masculin se voit au fait qu’il se passe de justification ». On a vu que l’ordre culturel tente de se faire passer pour un fait de nature. Tout comme la théorie économique en vigueur le fait aussi en se prétendant être une loi naturelle, alors qu’elle est, d’une certaine manière, fabriquée et artificielle. D’autant plus que sous ces théories se cache un impératif de domination et d’assujettissement du travailleur auquel lui manque la possibilité de posséder ses moyens de production.
On ne le répétera jamais assez. «C’est la division sexuelle du travail, distribution très stricte des activités imparties à chacun des deux sexes, de leur lieu, leur moment, leurs instruments; c’est la structure de l’espace, avec l’opposition entre le lieu d’assemblée ou le marché, réservés aux hommes, et la maison, réservée aux femmes» qui crée la hiérarchie et la domination. Et finalement, il y a aussi l’ordre au sein de l’acte sexuel. «Si le rapport sexuel apparaît comme un rapport social de domination, c’est qu’il construit (cette domination) à travers le principe de division fondamentale entre le masculin, actif, et le féminin, passif, et que ce principe crée, organise, exprime et dirige le désir masculin, comme désir de possession, comme domination érotisée, et le désir féminin comme le désir de la domination masculine, comme subordination érotisée, ou même, à la limite, reconnaissance érotisée de la domination.»
|